• A l'instar des autres moyens d'expression, l'écriture est l'art de donner vie à ces signes dépourvus de sens, tracés dans le monde du visible pour qu'elle représente la manière de penser chez l'être humain. En effet, nombreuses sont les raisons qui poussent les gens à exprimer leur dedans en communication avec le dehors. Cependant, ces raisons semblent tantôt  une échappatoire, tantôt, un devoir. Que favorise donc l'écriture et quelles sont ses rôles? 

    A dire vrai, l'écriture devient une échappatoire quand elle permet à son auteur de se délivrer d'un mal, d'une souffrance ou d'une douleur intrinsèque. En ce sens, elle demeure le seul exutoire d'affranchissement et de partage des émotions émanant des tréfonds de l'être. Dès lors, seule l'écriture qui favorise cette transition d'état d'âme de l'indicible au visible, de l'incommunicable à l'observable.

    A l'antipode, l'écriture revêt une autre fonction. Celle du devoir lorsqu'elle permet à son auteur de défendre les droits des opprimés, des séquestrés et des captifs. En d'autres termes, l'écriture devient le porte-parole des incarcérés , des abandonnés et des isolés par force. De cette manière, l'auteur n'hésite pas à transmettre son message le plus loin possible. Cela pour peindre ou décrire une réalité ou pour critiquer ou revendiquer un changement. Ainsi, Cette trace écrite trouve-t-elle son écho dans les subventions des besoins et les réformes de certains systèmes. 

    Reste à dire que profonds que soient  les maux de l'être humain, seuls sont les mots qui les dévoilent. Mais  l'écriture demeure-t-elle toujours une catharsis ou une thérapie?

    Image du Blog mumuland.centerblog.net

     

     

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  •  Une histoire que j'ai lue et que j'aime partager avec vous

     Liberté à quai (1)

    Par Michel Cauchard

    Aux immigrés du monde entier

    Saint-Denis

    Le 1er Octobre 95.

    Papa,

           C’est sur le bateau Liberté que je t’ai retrouvé cet été après toutes ces années.  Maintenant, je rêve. Le blanc glisse sur le bleu, comme l’écume sur les vagues. Et les trous profonds sont ceux de mon âme.

            Bleue la méditerranée, bleu ton habit de travailleur de la mer, bleue est ma robe qui flottait ce jour : là. Blanc le navire, blanc  mon doute – et si ce n’était  pas vrai ? Blanc l‘éclat de ton regard qui me portait au loin : l’Algérie, là-bas, de l’autre côté. Les deux pays m’habitent mais je n’en habite aucun. En moi tanguent les flots du passé et de l’avenir.

            On dit que je suis à la fois impétueuse et calme, imprévisible comme la méditerranée. Est-ce le tumulte sourd des deux langues qui souvent me soulève ?  Je sais seulement que me traversent les mouvements du temps. Un drap enveloppe ma mémoire. Je me revois à sept ans parmi les plis du vent. Blanc était notre village où s’envole mon enfance. Heureuse, je crois. Car lorsque tu m’as dit un jour –Monte dans la camionnette, on quitte l’Algérie- j’ai pleuré.

     Je t’avais demandé :- C’est quoi ‘Algérie ? -   C’est ici. La terre, la maison, les amis.

            J’ai regardé autour de moi. J’ai vu mes yeux se fendillent, s’éparpiller comme les étoiles et je me suis évanouie. Quand je me suis réveillée, j’étais avec toi, maman, mes frères et sœurs sur le pont du liberté.

    Cette scène  est en moi un tableau. Tes bras ballants, la blessure inscrite sur le visage de ma mère, l’interrogation tragique dans les yeux de tous. Soudain la sirène. Et de ma main  s’est écoulé ce filet de notre sol que j’avais serré avant de m’en aller.Je l’ai ramassé dans un papier de bonbon. Notre terre, elle est passée en fraude à la douane. Pendant tout le voyage dans le train noir je l‘ai pétrie contre mon cœur.  A Paris  je t’ai demandé :

    -C’est quoi la France ?-C’est ici. Le gris, ces taudis, la pluie. -Pourquoi on est parti ? -On ne pouvait plus rester.

          Alors j’ai compris ce que ça voulait dire « étranger ». Nous avons vécu à sept dans une pièce, rue de Goutte d’or.  A l’école, on se moquait de nous. Les ahuris du bled ! Le premier mot que j’ai appris :- Ta   gueule ! Et la gifle a suivi.  Aussi, un soir, je me suis sauvée avec mon petit frère Nabil. Nous voulions repartir au pays. Je tirais les gens par la manche :

     -C’est où l’Algérie ?-Par là, les ruelles…  Je retrouvais bien l’odeur de la menthe mais ce n’est pas chez nous, surtout à cause des africains. La première fois que j’en ai vu c’était au débarquement, sur le quai à Marseille. J’ai hurlé  -Papa, ils sont malades ?  -Non...C’est un immigré comme nous. Alors, perdue rue d’Oran, je me suis approchée d’un homme noir.  -Pardon monsieur l’immigré, c’est encore loin Tizi Ouzou ? Il portait un uniforme bleu et une casquette .A sa hancha u revolver. Il nous a ramenés très gentiment rue de l Goutte d’or. Depuis, je n’ai eu peur des immigrés. Moi l’étrangère, je suis devenue première  de la lasse.  J’étais  fière,  mais toute seule. Jamais tu n’es venu me chercher à l’école.

    Tu allais au café rejoindre les autres pères de tous ces enfants sans père. Comme si le café était votre père à tous. Et ce père là, il te rendait orphelin. Car lorsque tu rentrais, tu marchais la tête basse. Tu te cognais partout et tu parlais comme un enfant en pleurs.

             Le dimanche tu achetais le journal El Watan. Ton père t’y donnait de ses nouvelles, mais tu ne savais pas lire. Tu te contentais de caresser le papier, de sentir l’encre des regrets.

    En froissant les pages, tu t’enveloppais dans une étoffe de tristesse. Tu me prenais sur tes genoux. Dans ton silence j’entendais le grincement du puits autrefois. L’eau était la mémoire de la terre. Nous y puisions le respect envers les anciens avec les gestes simples et mesurés. Elle nous lavait l’impureté du monde avant la prière. Et nous avions toujours le  visage  neuf face au soleil. Avec ma mère, au Hammam, on s’inondait de joie. Je lissais les cheveux de ma grand-mère, la femme le plus noble du village.

    Maquisarde pendant la guerre, elle avait été torturée par un officier français. Je me souviens qu’un jour elle m’avait soufflé à l’oreille  Le combat n’est pas terminé. Il te faudra te battre à ton tour pour conquérir ta liberté. Où était-elle, à présent, notre dignité de peuple souverain ? Quelles étaient les paroles de l’hymne national que nous fredonnions ensemble sur ta mobylette  le premier mai ? Qu’était devenue la force de la jeunesse algérienne ?  Sur le poste de télévision, tu regardais la photo de ton père, lui aussi combattant. Fusillé, il est mort avec fierté. Et nous étions là en France, dépouillés de cet honneur. Au chantier quand tu as frappé le contremaître qui t’avait traité de bougnoule, on t’a renvoyé. C’est depuis ce jour que tout s’est dégradé, car avant, vaille que vaille, on se débrouillé. Tu rentrais de plus en plus tard à la maison. Maman criait. Tu dépensais tout l’argent du chômage au café. Puis un jour, tu n’es plus renté. Le tribunal t’a condamné à nous verser une pension alimentaire. Alors tu es parti. En Algérie, le code de la famille vous autorise à nous abandonner. Et mon père m’a manqué autant que la Méditerranée.

            Etant l’aînée, je devais gérer le foyer, régler les papiers, surveiller les devoirs des petits. Pour maman, j’étais investie de ta responsabilité, mais pas de ton autorité, ni de ta liberté. Maman continuait de commander à tort et à travers. Les décisions les plus abracadabrantes ont été prises. Ainsi, on a repeint tout l’appartement en bleu marine. Ce n’étaient pas des décisions, des coups de têtes dans le mur des impossibilités. Un oiseau enfermé qui s’affole.

         Enfin, j’ai ouvert une fenêtre. J’ai relogé toute la famille Cité Floréal à Saint-Denis. Ma mère a respiré.- Merci ma fille… 

           Mais mon père n’est plus là. Mes frères grandissaient et commençaient à mal tourner. J’étais dépassée. Je ne pouvais plus faire face à ton absence. A leur façon, ils t’appelaient eux aussi. Bravant les interdits, ils attendaient les réprimandes. Mais elles ne venaient pas. Ils sont devenus hors  la loi, puisque la loi c’était toi. La police a emmené Nabil. Il a cambriolé une bijouterie. Chaque montre qu’il revendait indiquait une heure différente.

     - Comme si on ne saura pas que c’est oime !

                Voilà, mon père, je veux te dire que ton fils est  maintenant en prison. Dans l’équipage du Liberté, il aura bien un matelot qui te lira ma lettre. Je t’envoie un magnétophone pour que tu parles à mon frère, pas en kabyle s’il te plaît, car il ne comprend pas notre langue. Envoie la cassette à Fleury-Mérogis, détention des mineurs, bâtiment A.J’ai mis dans le colis aussi une photo de moi quand nous sommes arrivés en France en 73 : La mouflette. C’est la seule que je possède. On ne rangeait pas les souvenirs ; c’étaient les souvenirs qui nous dérangeaient.

       A bientôt   

    Ta fille t’embrasse

    Sophia  

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    Saint-Denis

    Le 20 Novembre 95.

     Papa,

                Comme je suis heureuse que tu m’ais répondu ! Tu remercieras vivement le marin auquel tu as dicté ta lettre. Tu as dis que tu as mal de nous avoir  quittés. Les larmes ont noyé tes yeux. La honte a assombri ton cœur. Sache que nous ne t’en voulons pas. Nous savons que tu es encore là, même si les tourments de la méditerranée nous en séparés. Ce qui importe, c’est que tu existe avec dignité. Bien que tu sois loin, tu es présent en nous. Tu es notre origine, notre terre, notre père.  Un père qu’on a écartelé, mais qui résiste. Tu es notre fierté. Nabil a bien reçu ta casette. Tu l’as touché au bon endroit car quand je l’ai revu il m’a dis : - ça suffit mes conneries ! Je m’occupe de l’inscrire à son BEP. Il s’en sortira. Ce qui l’a marqué, je crois, c’est ce que tu as dis à propos de l’Algérie. C’est vrai, l’espoir n’est pas tombé. S’y on gouffre encore le souffle du passé. Votre lutte nous redonne des forces. C’est le même combat ici et là-bas : Celui de la justice de la liberté. Si vous baissez les bras, nous aussi. Si nous relevons la tête, vous aussi. Nous avons eu votre courage en héritage. Je suis allée voter au consulat d’Aubervilliers. Toute la famille. Maman aussi qui avait du mal à marcher. C’était pour elle la première fois. Depuis les élections, sa santé s’est améliorée. Elle a remis son foulard rouge, tu sais, celui avec lequel on la repérait dans le marché. Elle dit qu’à sa « retraite », elle retournera au pays. En attendant, elle prépare son voyage d’été : Une cargaison de vêtements pour les enfants de son village. Mais je ne viendrais pas avec elle. C’est encore dangereux pour moi, d’autant que désormais je suis française.

            Mes sœurs vont bien. Fatia  et Habiba ont chacune deux enfants. Elles se sont mariées le même jour pour plus d’économie. Leurs maris sont de chez nous. Mon frère Samir est conducteur d’engins. Le terrassement de la nouvelle gendarmerie de Saint-Denis, c’est lui. Mais il n’a toujours pas de carte d’identité. Quant à mes deux autres sœurs elles sont brillantes au lycée. J’ai obtenu pour ma part mon diplôme de professeur de français. Le lycée Paul Eluard où je vais travaillé tu en a creusé les fondations. Et c’est ta fille qui va y enseigner la langue que tu ne sais pas lire.  Mais il y’a autre chose que je voulais te confier. C’est un peu délicat…Voilà, je vis avec un français. Maman ; au début a crié. Tu connais le refrain. Mais toi, mon père, pourras-tu me comprendre… J’attends ta réponse avec impatience.

    Sophia

     

    $$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$

    Saint-Denis

    Le 1er mai 96.  

    Papa,

    Je rentre tout juste de la manifestation du premier mai à Paris. Le plus beau cortège était celui des femmes algériennes. Tous ces youyous m’ont lacéré le cœur.

    Je ne sais pas je ne sais plus…J’ai laissé mon ami chez lui. Tu me dis qu’un français est un homme comme les autres. Il ne faut pas avoir de préjugés. Tu connais toi même un épicier français …mon cher papa, ton humour me ravit. Cependant, comme il m’est encore difficile de renoncer à notre tradition !je suis pourtant qu’elle m’étoufferait, mais je me sens déchirée.

    La plume tomba de la main de Sophia. Une lassitude l’a traversa. Sur le mur de sa chambre, elle regardait la photo de son père disparu à jamais. À vingt ans, il était jeune mousse sur le bateau Liberté. Avec ses camarades sur le pont, sa veste flottait à la brise de la méditerranée. C’était le vent des songes pour sa fille dont les yeux se mouillaient. Non, elle ne l’avait pas revue l’été dernier .Le Liberté restait à quai, rouillant chaque année davantage. La méditerranée était figée. L’eau de ses phrases cessa de s’écouler. Sophia soignait sa mère malade. Nabil était en prison  pour longtemps ; Samir, petit trafiquant allait bientôt l’y rejoindre.  Fatia et Habiba étaient perdues en grande banlieue. Elles étaient du reste jalouses d’elle et l’appelaient avec un certain mépris la Française. Une de ses petites sœurs avait été renvoyée du lycée ; l’autre placée en foyer d’accueil sur décision du juge.

          Certes, Sophia avait un diplôme de lettres modernes, mais elle avait échoué trois fois au concours pour être professeur. Combien de temps pourrait-elle encore tenir ?elle ne pouvait plus travailler, se concentrer. Les arriérés du loyer s’accumulaient. Même les courses à ED l’épicier devenaient difficiles. Dernièrement elle avait été embauchée pour trois mois chez Mac Donald. Mais ce n’était pas une vie ! A vingt sept ans, de ne pas avoir d’appartement à elle ! Quoi, il faudrait se marier pour en arriver là ? Mais ce français qu’elle fréquentait était un bouffon. Egoïste, il ne l’aidait en rien. Il plaisantait sur le marasme de sa famille. Sophia avait la rage. Il était bon à jeter, celui –là ! Les autres, les copains de ses  frères, ne valait pas mieux. Des goujats paresseux qui profitaient d’elle et ce serait tout. Il y avait bien Icham, mais celui-là était un musulman fervent et il lui faisait peur. Accepterait-il qu’elle travaille et sorte librement ? Non, mieux valait attendre.

             Elle contempla de nouveau la photo de son père accrochée au mur. Lui était un homme et il l’avait abandonnée. Puis son regard s’est posé sur ses pages. Pourquoi écrivait-elle ? Elle relut le feuillet bleu sur son bureau : concours de nouvelles 1996. Pour qui ? Dans le salon sa mère l’appela. Son état s’aggravait. Sophia décida d’appeler une ambulance. -Je vais t’emmener à l’hôpital, Aïma. Sur le visage de sa mère, la désolation de l’Algérie perdue. Sa fille lui caressa le front, craquelé comme sa terre désertée. « Elle me reproche ce que je suis devenue, pensait Sophia. Sa maladie c’est pour me condamner. Je n’ai rien à espérer d’elle puisque je ne suis plus sa fille. » -Bientôt tu retourneras te reposer chez nous, Aïma. -Je suis une immigrée là-bas…ils ne veulent pas de moi. -Si Aïma, et je vais te dire pourquoi. Dans ton regard il y’a toute la Méditerranée. Et ça ne s’oublie jamais !

    -Paroles de professeur.  Je n’y crois pas. Parle-moi en Kabyle si tu veux être ma fille ! Ecoute, j’ai fait un rêve tout à l’heure. J’ai vu ton père… c’est sur le bateau Liberté que j’ai retrouvé après toutes ces années…-Tu me l’as raconté mille et une nuit, Aïma ! Et Sophia poursuivit, lisant ses feuilles à sa mère : «  Le blanc glisser sur le bleu, comme l’écume sur les vagues. Et les trous profonds sont ceux de mon âme… » Quand elle eut terminé, sa mère lui serra le poignet. - Jamais on ne le reverra.

    Alors, les yeux embués de larmes, Sophia ouvrit le tiroir de son bureau. Elle en sortit un papier de bonbon et répandit un peu de sa terre natale sur son histoire. D’une main tremblante, elle la dédia aux immigrés du monde entier. Ma nouvelle est pour vous : une ouverture dans le mur où la douleur se cogne. Elle ferma l’enveloppe : Université Paris VIII.

    -Adieu, mon Algérie...

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    Le Médecin malgré lui _de Molière                                                    Par : Hanane TAOUDI

     

    Étant le miroir de la société, le Théâtre est le genre littéraire joué depuis Aristote. Le Théâtre français, quant à lui, a inspiré son spectacle des pays européens notamment l'Italie. Ainsi,  modelée sur la commedia DELL ARTE, la comédie française du XVII°siècle a--elle pu établir ses fondements grâce au dramaturge français Jean Baptiste Poquelin dit Molière.

     

     

    En effet, Molière, après avoir quitté son métier d'avocat, a fondé son illustre théâtre pour jouer ses pièces théâtrales dans les salles de  Provence. Il a écrit ses farces dont la plupart gravite autour le thème de la médecine, notamment : Le Malade imaginaire, le Médecin volant. Le Médecin malgré lui , quant à elle, est une pièce composée de … Actes dont le personnage principal est Sganarelle, l'ivrogne fagotier. A noter que le nom de ce personnage est une fusion entre deux noms à savoir Scaramouche ou Scapin et Polichinelle, les deux célèbres personnages de la commedia DELL ARTE.

    Suite à la vengeance de sa femme Martine, Sganarelle va être l'arroseur arrosé qui va passer pour un médecin afin de guérir une malade atteinte d'une maladie étrange.

    Son accès au monde des bourgeois lui a permis d'ouvrir gros ses yeux et tirer plus d'argent et en même temps chercher comment tirer son épingle du jeu.

    Dans cette pièce, Molière nous invite à assister à un autre spectacle  comique qui n'a pas pour objet de déclencher le rire, mais d'interpeller notre réflexion sur la condition humaine de son époque.  L'atrocité de l'épidémie (la choléra et la peste noire) et le manque de l'hygiène ont fragilisé la  population. La quête des médecins demeure sine qua non.

    Suite au manque de ces derniers pendant cette période, les barbiers et les rebouteux s'emparent des esprits crédules et profitent de leur charlatanisme, sous prétexte de la religion. Ce dont Molière jalonne dans cette pièce. La médecine de cette époque était rudimentaire à base des humeurs dont la nocivité des médicaments prescrits peut entraîner la mort des patients

    En revanche, la vengeance de Martine de son mari Sganarelle, lui a donné le pouvoir de profiter de la maladie de Lucinde, la fille unique d'un bourgeois cupide et avare. Cette fille est atteinte d'un mutisme mensonger.  Sa fausse maladie est une vengeance devant la ténacité de son père. Ce dernier ne sait pas qu'elle fait semblant d'être ainsi. Molière dans cette situation profite du rôle du faux médecin pour faire passer le bien aimé de Lucinde pour un apothicaire.

     

    Le dramaturge met en scène l'être et le paraître devant la crédulité et la pudeur du père afin de faire rencontrer les amoureux au sein de la demeure de l'avare et son insu. Une mise en abîme le met en évidence. Le jeu des trois personnages, porte sur l'illusion si ce n'est sur le quiproquo.  

    D'un autre côté, l'arroseur arrosé à savoir Sganarelle a pu dominer son auditoire puisqu'il profite de son  pouvoir de la parole pour faire taire ceux qui l'entourent. Son recours aux termes relevant du jargon médical d'origine grecque ou latine, accentue la crédulité de son auditoire et  ajoute un plus au médecin même si la plupart de son langage est incompris voire erroné.

    Dans cette perspective, Molière parodie ce type de langage dont se servent ces charlatans afin de tirer leur profit.  

    Les personnages de la pièce relèvent de classes sociales différentes. Les paysans et les bourgeois. Cela  permet à Molière de juxtaposer trois types de langages : Le patois pour s'adresser aux paysans, la langue soutenue pour parler au gens haut placés, et le jargon médical dont les termes sont empruntés du grec et du latin, pour dominer son auditoire par dérision.

    L'avarice de Géronte qui représente la classe bourgeoise, a donné lieu à la ruse de Sganarelle pour tirer plus d'argent. Molière dénonce cette hypocrisie qui met au point l'être face à ce qu'il ne l'est pas. Un médecin dont le tablier cache un bûcheron ivrogne et cupide ; un avare  qui dépense l'argent pour la guérison de sa fille. L'avarice et la cupidité du père le poussent à accepter un mari que sa fille n'aime pas au lieu de Léandre. Quand ce dernier devient héritier, il devient accepté par le père.

    Séduire la nourricière de Lucinde, met en scène  la trahison du médecin envers sa femme. Ce qui déclenche la jalousie de Lucas, le mari de Jacqueline, pour dévoiler l'identité du faux médecin. Molière recourt à sa bonne documentation dans le domaine de la médecine pour mettre en place la fourberie de Sganarelle vis-à-vis de  sa façon de séduire les femmes.

    Le dévoilement de la vraie identité de Sganarelle met en embarras le pauvre bûcheron. Il serait pendu devant le public. Mais la fin heureuse ou le deus ex machina a donné vie à l'amour vertueux de Léandre et Lucinde. A la réconciliation de Sganarelle avec sa femme vindicative.

    Pour conclure, il est important de signaler que déclencher le rire n'est pas l'objet du comique, mais c'est dénoncer les inepties de la société voire interpeller  notre réflexion."Vive la médecine" telle est la parole de Sganarelle quand il a pu sortir son épingle du jeu. Mais vivrait-elle si un  charlatan médecin tue autant de patients pour tirer trop d'argent?

        

     

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  • La Mare au diable

    -de George Sand -

    par

    Hanane TAOUDI

    Située à mi-chemin entre le roman et le conte, La Mare au diable est l'œuvre écrite par Aurore Dupin (1846) sous pseudonyme de George Sand. C'est une histoire où l'auteur célèbre la terre et l'humain, la finesse et la simplicité dont jouissent les habitants du Berry, pays natal de Sand. Cette œuvre dépasse son stade champêtre pour donner place à l'ethnographie et l'initiation dans le voyage des protagonistes. Dans quelle mesure ce roman répond-t-il à ces trois éléments prépondérants??

    À la différence des artistes de la Renaissance qui excellent à la peinture de la laideur, Sand voit qu'il est  temps pour donner vie à la terre et pour substituer la mort chez Holbein dans l'une de ses gravures intitulées Les Simulachres de la mort par le bien être et la douleur de l'agriculteur par la douceur de la bonté, aussi il veut remplacer le paysage dysphorique par un autre euphorique et le laboureur macabre accompagné du spectre de la mort par un fin laboureur plein de vitalité mais accompagné de son fils angélique. L'image de cette terre demeure le foyer d'intérêt de Sand pour représenter les trois générations: l'enfance, la jeunesse et la vieillesse.

    D'un point de vue grammatical, La Mare au diable est composée de deux parties différentes: la mare ou l'eau bénie vs le diable où le mal et le feu font partie. Dans cette ambivalence entre les deux mots s'instaure une nouvelle définition de la région du Berry. C'est là où se rencontrent  la terre, l'eau, l'air et le feu, ces quatre éléments de la Nature pour éloigner les mauvais esprits du Berry.

    L'œuvre raconte l'histoire d'un  veuf qui décide de faire un mariage de raison proposé par son beau père ; mais ce parcours va prendre un autre cheminement quand il se convertit en mariage de cœur. La bergère voisine se trouve à la compagnie du fin laboureur lors de son voyage vers son nouveau lieu d'embauche. Accompagnés du petit Pierre, Marie et Germain, les deux protagonistes se trouvent perdus dans une mare dite au diable. Les péripéties s'accélèrent pour dévier le plan donné par le chef de famille. La  double quête des deux protagonistes s'oriente vers un intérêt mutuel. 

    À l'instar des romans champêtres de Rousseau, le roman s'intéresse à célébrer le labour de la terre qui a pour objet la procréation et la régénération. D'un autre côté, il décrit la finesse des Berrichons, dans leur travail avec leurs prothèses  rudimentaires et un mode de vie pastoral et villageois. Ce dont ils ont fiers. C'est Une beauté qui demeure aux yeux de l'auteur ineffable car engendrée à la sueur du labeur. Elle sublime l'art du bien être dans sa simplicité ultime.

     

    A noter que le roman se veut ethnographique quand il développe les traditions et les rites berrichons. L'âge précoce du mariage dans le Berry est l'une des caractéristiques de la région pendant le XIX° siècle. En ce sens, l'auteur se veut un porte parole ou un vox populi de son Berry. S'ajoute encore que La Mare au diable demeure un roman d'initiation quand il permet aux protagonistes d'apprendre de leur expérience du voyage certaines compétences leur permettant d'affronter le mystère du monde, en l'occurrence, celui de la mare au diable, et de leur angoisse issu de l'imaginaire berrichon sur le lieu en question.

    Les personnages du texte sont connus pour leurs noms inspirés de la Bible. Ce qui met l'accent sur l'éducation de l'auteur ancrée dans la religion. L'auteur a passé sa prime enfance dans le Berry dont la plupart de ses romans champêtres se sont inspirés.

    Commençant par le père Maurice, le chef de la famille, il importe de souligner qu'il représente la famille gérontocratique. C'est lui qui gère la provision et le profit de la famille. C'est un personnage calculateur, qui cherche le bon ressort matériel de ses sujets.

    A la différence, Germain, 28 ans, le beau fils de Maurice se trouve veuf  avec trois enfants dont l'aîné est Petit Pierre.Comme son nom l'indique, il est têtu, ses recommandations sont exécutées à la lettre. Ce dernier se comporte comme son grand père. Après la mort de sa femme nommée Catherine, Germain a du choisir une veuve suite au doxa berrichon qui récuse le mariage d'un veuf avec une jeunesse. Germain, dont le nom désigne le connaisseur du secret et le fin laboureur, entame un voyage pour la quête de la veuve en question. Cependant, le départ de sa voisine Petite- Marie dans le même itinéraire donne à l'intrigue une nouvelle dimension.

    Petite Marie dont le nom réfère à la Sainte Marie, jeune de 16 ans, vierge, sage, attachée aux traditions berrichonnes, suite au besoin, va entamer son voyage vers les Hormaux pour la quête d'un emploi. Elle se distingue de la veuve proposée pour le mariage de raison par sa simplicité et sa pudeur. Quant à la veuve, elle exhibe sa somptuosité et sa beauté devant ses prétendants. Ce qui révèle la parade de la lionne dont le père est Léonard. Les noms de cette famille relèvent du champ animalier à savoir les lions qui aiment vivre en groupe, entourés des autres animaux.

    En outre, la région qui leur abrite s'appelle Fourche. Elle nous rappelle la fourche du diable. Ces indices mettent l'accent sur l'angoisse que peut créer cette région sur les deux voyageurs.

    Entre extradiégétique dans tout le roman, et intradiégétique au début et à la fin du texte, l'auteur demeure un témoin oculaire du champ focal à savoir le paysage et auriculaire selon les chants du cultivateur avec ses taureaux dans le champ laborieux. Ceci met en valeur le bien être de la vie champêtre, quoique rude qu'elle soit.

    Le choix des mots du roman repose sur le niveau soutenu de la langue, sauf l'emploi de quelques néologismes écrits en italique et qui démontrent la couleur locale du Berry. Le recours à la tradition berrichonne dans le culte du mariage met au point la vision de l'auteur de défendre le mariage comme une consommation légale loin de toute souillure illicite. En outre, la couleur locale se manifeste par le biais de célébrer l'humain dans sa beauté et sa bonté. Ce qui exprime l'authenticité de la région et de la sublimation du simple dans toutes ses formes champêtres.

     Pour conclure, il est nécessaire de signaler que la virtuosité de George Sand a pu rivaliser les écrivains du XIX° siècle. La romancière de mariage par excellence a  fait sorti son Berry de l'anonymat et a donné une nouvelle dimension au mariage du veuf quand elle rompt avec la tradition du mariage du veuf avec une jeunesse.  

     

     

     

     

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  • Le plaisir du texte de Roland Barthes (1973)

     

     

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    avec la présence de M. Henri Senghor, président de notre Comité d'Honneur

    M. Julien Kilanga (francophonie), Charles Carrère, ancien sevrétaire de M. Léopold Senghor

    (un des fondateurs du Cénacle), Jeannine Dion-Guérin, lauréate

    et le Président du Cénacle Jacques-François Dussottier

     

     

     


    Prière de paix Senghor lue par son amie Jeannine Dion-Guérin,
    une poésie belle et généreuse adressée à la France
    (Hosties noires : Prière de paix 1945)
    manifestation à l'Espace Senghor à Bruxelles le 30 mars 2006

     

     

     

     

     
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    26 juin 2012 - Saint-Pierre
    Conférence-débat organisée par Pôle emploi Martinique
    autour du projet du Grand Saint-PiLe service Communication de la Direction régionale s'entretient

    avec Patrick Chamoiseau
    des perspectives de développement pour les entreprises du territoire
    et de l'accompagnement que Pôle emploi peut apporter
    dans la réalisation du projet.

     

    Patrick Chamoiseau
    Directeur de Programme
    Grands Projets Structurants
    Prix Goncourt 1992

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