• La Mare au diable -de George Sand - par Hanane TAOUDI

    La Mare au diable

    -de George Sand -

    par

    Hanane TAOUDI

    Située à mi-chemin entre le roman et le conte, La Mare au diable est l'œuvre écrite par Aurore Dupin (1846) sous pseudonyme de George Sand. C'est une histoire où l'auteur célèbre la terre et l'humain, la finesse et la simplicité dont jouissent les habitants du Berry, pays natal de Sand. Cette œuvre dépasse son stade champêtre pour donner place à l'ethnographie et l'initiation dans le voyage des protagonistes. Dans quelle mesure ce roman répond-t-il à ces trois éléments prépondérants??

    À la différence des artistes de la Renaissance qui excellent à la peinture de la laideur, Sand voit qu'il est  temps pour donner vie à la terre et pour substituer la mort chez Holbein dans l'une de ses gravures intitulées Les Simulachres de la mort par le bien être et la douleur de l'agriculteur par la douceur de la bonté, aussi il veut remplacer le paysage dysphorique par un autre euphorique et le laboureur macabre accompagné du spectre de la mort par un fin laboureur plein de vitalité mais accompagné de son fils angélique. L'image de cette terre demeure le foyer d'intérêt de Sand pour représenter les trois générations: l'enfance, la jeunesse et la vieillesse.

    D'un point de vue grammatical, La Mare au diable est composée de deux parties différentes: la mare ou l'eau bénie vs le diable où le mal et le feu font partie. Dans cette ambivalence entre les deux mots s'instaure une nouvelle définition de la région du Berry. C'est là où se rencontrent  la terre, l'eau, l'air et le feu, ces quatre éléments de la Nature pour éloigner les mauvais esprits du Berry.

    L'œuvre raconte l'histoire d'un  veuf qui décide de faire un mariage de raison proposé par son beau père ; mais ce parcours va prendre un autre cheminement quand il se convertit en mariage de cœur. La bergère voisine se trouve à la compagnie du fin laboureur lors de son voyage vers son nouveau lieu d'embauche. Accompagnés du petit Pierre, Marie et Germain, les deux protagonistes se trouvent perdus dans une mare dite au diable. Les péripéties s'accélèrent pour dévier le plan donné par le chef de famille. La  double quête des deux protagonistes s'oriente vers un intérêt mutuel. 

    À l'instar des romans champêtres de Rousseau, le roman s'intéresse à célébrer le labour de la terre qui a pour objet la procréation et la régénération. D'un autre côté, il décrit la finesse des Berrichons, dans leur travail avec leurs prothèses  rudimentaires et un mode de vie pastoral et villageois. Ce dont ils ont fiers. C'est Une beauté qui demeure aux yeux de l'auteur ineffable car engendrée à la sueur du labeur. Elle sublime l'art du bien être dans sa simplicité ultime.

     

    A noter que le roman se veut ethnographique quand il développe les traditions et les rites berrichons. L'âge précoce du mariage dans le Berry est l'une des caractéristiques de la région pendant le XIX° siècle. En ce sens, l'auteur se veut un porte parole ou un vox populi de son Berry. S'ajoute encore que La Mare au diable demeure un roman d'initiation quand il permet aux protagonistes d'apprendre de leur expérience du voyage certaines compétences leur permettant d'affronter le mystère du monde, en l'occurrence, celui de la mare au diable, et de leur angoisse issu de l'imaginaire berrichon sur le lieu en question.

    Les personnages du texte sont connus pour leurs noms inspirés de la Bible. Ce qui met l'accent sur l'éducation de l'auteur ancrée dans la religion. L'auteur a passé sa prime enfance dans le Berry dont la plupart de ses romans champêtres se sont inspirés.

    Commençant par le père Maurice, le chef de la famille, il importe de souligner qu'il représente la famille gérontocratique. C'est lui qui gère la provision et le profit de la famille. C'est un personnage calculateur, qui cherche le bon ressort matériel de ses sujets.

    A la différence, Germain, 28 ans, le beau fils de Maurice se trouve veuf  avec trois enfants dont l'aîné est Petit Pierre.Comme son nom l'indique, il est têtu, ses recommandations sont exécutées à la lettre. Ce dernier se comporte comme son grand père. Après la mort de sa femme nommée Catherine, Germain a du choisir une veuve suite au doxa berrichon qui récuse le mariage d'un veuf avec une jeunesse. Germain, dont le nom désigne le connaisseur du secret et le fin laboureur, entame un voyage pour la quête de la veuve en question. Cependant, le départ de sa voisine Petite- Marie dans le même itinéraire donne à l'intrigue une nouvelle dimension.

    Petite Marie dont le nom réfère à la Sainte Marie, jeune de 16 ans, vierge, sage, attachée aux traditions berrichonnes, suite au besoin, va entamer son voyage vers les Hormaux pour la quête d'un emploi. Elle se distingue de la veuve proposée pour le mariage de raison par sa simplicité et sa pudeur. Quant à la veuve, elle exhibe sa somptuosité et sa beauté devant ses prétendants. Ce qui révèle la parade de la lionne dont le père est Léonard. Les noms de cette famille relèvent du champ animalier à savoir les lions qui aiment vivre en groupe, entourés des autres animaux.

    En outre, la région qui leur abrite s'appelle Fourche. Elle nous rappelle la fourche du diable. Ces indices mettent l'accent sur l'angoisse que peut créer cette région sur les deux voyageurs.

    Entre extradiégétique dans tout le roman, et intradiégétique au début et à la fin du texte, l'auteur demeure un témoin oculaire du champ focal à savoir le paysage et auriculaire selon les chants du cultivateur avec ses taureaux dans le champ laborieux. Ceci met en valeur le bien être de la vie champêtre, quoique rude qu'elle soit.

    Le choix des mots du roman repose sur le niveau soutenu de la langue, sauf l'emploi de quelques néologismes écrits en italique et qui démontrent la couleur locale du Berry. Le recours à la tradition berrichonne dans le culte du mariage met au point la vision de l'auteur de défendre le mariage comme une consommation légale loin de toute souillure illicite. En outre, la couleur locale se manifeste par le biais de célébrer l'humain dans sa beauté et sa bonté. Ce qui exprime l'authenticité de la région et de la sublimation du simple dans toutes ses formes champêtres.

     Pour conclure, il est nécessaire de signaler que la virtuosité de George Sand a pu rivaliser les écrivains du XIX° siècle. La romancière de mariage par excellence a  fait sorti son Berry de l'anonymat et a donné une nouvelle dimension au mariage du veuf quand elle rompt avec la tradition du mariage du veuf avec une jeunesse.  

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    mariem EF
    Vendredi 3 Mai 2013 à 19:12

    lah ijazik bikhir okhti Hanane

    2
    Lundi 6 Mai 2013 à 01:06

    Merci chère maryamou c'est gentil de ta part

     

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