•  Etude sur « Le passé simple » de Driss Chraïbi

    La structure des personnages et la sémiotique des émotions

    Rédigé par Dr Noureddine Mhakkak le Mercredi 31 Août 2005 à 12:19 commentaire(s)
     

    III- .L’IMAGE DE LA MÈRE ET LE THÈME DE LA SOUFFRANCE :

    L’image du père dans le roman « Le passé simple » comme l’a abordé le narrateur –héros, une image où la force règne avec toutes ses diverses représentations, on trouve, au contraire de cela, que l’image de la mère est une image où la faiblesse, l’obeisson, et même la peur se manifestent. Car cette femme est devenue comme le symbole de la négativité de la vie elle –même. Ainsi on voit que si le seigneur souffre du manque d’amour et de l’incompréhension de son fils Driss, la mère, comme l’a constaté le chercheur sémiotique Abderrahman Tenkoul : « Souffre à la fois de la tyrannie de son mari et de l’orgueil démesuré de son fils .Elle apparaît sans nom et complètement effacée au sein de la cellule familiale ». (3). 

    Cette faiblesse que le narrateur n’essaye pas de la critiquer durant le parcours narratif de ce roman, était aussi une cause qui pousse le père à mal traiter ses fils car il ne trouve pas devant lui aucune personne qui l’oblige à les respecter comme des êtres humains. Le narrateur a présenté bien l’image de sa mère en la montrant presque dans tous ses états de faiblesse .Or il l’a présenté d’une façon triste qui pousse le lecteur à être à sa côté, lui aussi, contre son mari le haj Ferdi, en lui décrivant ainsi : « Ma mère était aussi faible, soumise, passive .Elle avait enfanté sept fois à intervalles réguliers, deux ans .Dont un fils qui ne pouvait qu’être ivrogne et moi, qui la jugeais ».Pages 36-37.L’image de la mère reliée dans la mémoire de son fils Driss, qui le narrateur –héros de ce roman ,avec le travail qui fait dans la maison . 

    Il la voit en train de souffrir sans oser de déclarer sa révolte contre ce dur travail ,ou au moins lever sa voix en parlant de fatigue .Elle était considéré par le père ,comme une bonne pas comme sa femme ,la vraie maîtresse de foyer conjugale. Or son fils Driss la voit souvent à cette état là : « Je vis ma mère dans sa cuisine, au milieu de ses tagines et de ses braseros en tôle .Elle soufflait sur la soupe parce qu’elle était trop chaude,la remettait sur le feu quand elle refroidissait ,soufflait …Elle mordait un mouchoir en dentelles et sanglotait sans larmes ,sans bruit ,comme sanglotent les femmes qui durant quarante ans ont sangloté » Page20. La mère était ainsi, soit est en train de servir son mari et ses enfants, soit elle est en train de pleurer son malheur et sa condition d’une femme rejetée. 

    Ce qui a poussé son fils révolté Driss de lui s’adresser un jour des paroles très violentes ,des paroles qui manquaient de respect envers elle , au moins comme une mère qui a passé toute sa vie sans oublier de faire ses devoirs envers ses enfants .Certes ,quand Driss s’adresse ses paroles à sa mère ,il vise par elles le père e, lui expliquant les causes de sa révolte contre lui ,mais malgré cela on peut remarquer que Driss a dépassé ses limites comme un fils qui était bien aimé par sa mère .On lit ses mots alors : « Mère il a raison -Le père – pas de saints ,ils ne sont que cela ,saints, mais des vivants ,des hommes ,un homme pour toi un adultère ..Non ! Ne dis pas : ‘O mon oreille, tu n’as rien entendu : un amant. Un amant qui te possède et qui te satisfasse ! Vois, j’ai découvert ton cher vieux secret, mais je ne puis te consoler, je ne suis que ton fils... Non ! cette dernière phrase n’est pas ambiguë très claire au contraire, n’aie pas peur, tu as parfaitement compris » Page 50.Or cette femme qui a tant souffert dans sa vie en tant qu’épouse et mère, a décidé dans un moment de colère de mettre fin à sa vie. Ainsi elle s’est suicidé en laissant derrière elle tous ses malheurs. 

    Cette situation a été bien commenté par le critique Abderrahmane Tenkoul qui a vu que le sens du suicide, de la mère est ainsi : « Si elle a accepté de suicider c’est par amour de la dignité qu’elle n’a pu imposer dans la vie, puisqu’elle était en permanence brimée et bafouée, elle a voulu la manifester par un geste fatal, subversif. Ni l’éthique sociale, ni l’interdit religieux n’ont pu contraindre sa décision tragique de transformer sa faiblesse en défi absolu » (4).
     

    IV-.L’IMAGE DU FILS ET LE THÈME DE LA RÉVOLTE :

    L’image du fils se présente dans le miroir de la révolte contre le père et l’amour envers la mère ou selon l’expression du dramaturge Arto dans le regard en derrière avec colère .Car le narrateur Driss Ferdi en reconstruisant la structure de son autobiographie, s’arrête beaucoup sur les moments fortes qui ont marqué son parcours, et surtout sur les moments de sa colère dans le foyer paternel où le père impose sa volonté contre sa femme et ses fils. 
    Et ce qui multiplie sa colère c’est qu’il est un fils bien lettré et cultivé, et qui est en plus étudié dans les écoles françaises. Ainsi on trouve dans l’univers romanesque du « Passé simple » des conflits entre ce fils là et son père .Ces conflits qui étaient bien présentés par la plume superbe du Driss Chraïbi à travers la voix du narrateur qui a le même nom que lui. 

    On peut citer là-dessus cette paragraphe qui montre avec une grande ironie stylistique ce conflit : « C’est parfait. Le père et le fils qui se regardent : rien que de naturel, rien de plus attendrissant .Et maintenant dis –nous..Tu sais que nous sommes ignorant et que nous ne demandons qu’à nous instruire. -de grâce (en français : s’il te plait) éclaire –nous : Le meilleur sandwich est –il au jambon ou bien au pâté ? je n’ai pas quitté des yeux les yeux noirs. 
    Une question vrilla mon cerveau : quel est le salaud qui .. Et tout de suite je ressentis une crampe à l’estomac : La peur »Page 22. C’est de cette façon, en s’adressant la parole à son fils révolté contre lui, a accusé la culture française qui était selon son opinion la vraie cause de la révolte de son fils, car elle pu changer ses idées en premier temps et après toute sa personnalité .C’est pour cette raison qui lui a dit en se moquant de lui ces paroles là : « Tranquillement tu vas dans la ville européenne .Tu as le teint clair, les cheveux blonds, les yeux bleus. Le prophète n’a pas marqué ses élus au front. Pourquoi l’aurait –il fait ? Il n’a pas prévu que son peuple compterait des caméléons. A te voir, qui te prendrait pour un Arabe ? Ça, c’est une de tes fiertés. Comme si l’on pouvait s’enorgueillir d’uriner rouge et de chier bleu ! Deux tableaux, pile, face : il se rince soigneusement la bouche, se cure les dents et comme un véritable affamé vient s’adresser à notre table »Pages:23-24. Le père savait bien que son fils préféré ne cesse pas de souhaiter sa mort et même s’il est montré quelques fois indifférent pour ce souhait, il n’a pas pu cacher son malheur envers cela .Car c’est très dur pour un père qui découvre dans un moment que son fils n’hésite pas à se révolter contre lui, allant même jusqu’à chercher sa mort en s’attaquant directement à lui. 

    V- Conclusion : 
    On peut conclure que l’écrivain Driss Chraïbi a fait vivre sous nos yeux des personnages que la violence révèle à eux et, en même temps, les métamorphose en êtres malheureux .Mais le texte en tant qu’un roman structure une vision poétique, une création de l’esprit qui s’assimile les éléments du réel pour les recréer de nouveau dans un monde de l’imaginaire.
     
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